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Le 1er Aôut 2017 à 21h - Le prochain son de Radio Vosstanie: Qu'est-ce que l'Autonomie Ouvrière ?

mardi 13 décembre 2011

Marx et les nouveaux phagocytes de Maximilien Rubel

Né à Czernowitz le 10 octobre 1905, Maximilien Rubel s'est éteint à Paris le 28 février 1996. Fondateur de la revue Etudes de marxologie (1959), directeur de recherche au CNRS, il a dirigé, en collaboration avec Louis Janover, l'édition en quatre volumes des textes de Marx dans la "Bibliothèque de la Pléiade". On lui doit, entre autres ouvrages, Karl Marx, essai de biographie intellectuelle (M. Rivière, 1957 [rééd. 1971]), Marx critique du marxisme (Payot, 1974 [rééd. 2000]). Il appartient à M. Rubel d'avoir notamment montré, textes à l'appui, que le marxisme n'est autre que l'ensemble idéologique des contresens faits sur l'œuvre de Marx, phénomène historique dont l'auteur du Capital lui-même s'était inquiété et désolidarisé à son aube. Le présent recueil rassemble les textes de M. Rubel consacrés aux questions de l'édition et de la censure de l'oeuvre de Marx - "Karl Marx auteur maudit en URSS" ! - ainsi que la correspondance de l'auteur du néologisme marxien (terme ô combien galvaudé aujourd'hui) avec K. Korsch, B. Souvarine, E. Mandel, G. Badia ou les très staliniennes Editions Sociales... Loin de se réduire à sa seule valeur documentaire et historique, cet ouvrage revêt une portée éminemment critique dont l'actualité ne peut être démentie. Ainsi, les textes de Rubel ici réunis pointent-ils comme par avance les stigmates indélébiles du projet d'ores et déjà bien entamé d'une Grande Edition Marx Engels (GEME), projet dont le parcours politique de ses instigateurs - les nouveaux phagocytes - ne peut que nous plonger dans des abîmes de perplexité. Soulignons que ce recueil fait l'objet d'une longue présentation de Louis Janover ("Oublier Rubel ?") dans laquelle ce dernier s'attache à montrer en quel sens l'oeuvre de cet "empêcheur de tourner en rond" que fut Rubel perturbe aujourd'hui la remise en selle (crise économique aidant) de tous les ex-marxistes ; en quel sens dès lors les écrits du grand marxologue dérangent, au-delà de telle ou telle entreprise éditoriale de récupération, la recomposition idéologique de l'extrême gauche en cours ; en quel sens, enfin, faute d'être pour l'heure assimilable, l'oeuvre de Rubel est vouée à un avenir d'exécration teinté d'amnésie. 

Editions du Sandre 400p. ISBN-13: 978-2358210768

jeudi 8 décembre 2011

La mise à mort du travail Jean-Robert Viallet

Mise à jour de notre liste de films avec:

Un très bon documentaire sans illusions et plus radical qu'il n'y parait. (Vosstanie)

La Mise à mort du travail

1) La Dépossession - 2) L'Aliénation - 3) La Destruction


PRESENTATION du producteur

Dans un monde où l'économie n'est plus au service de l'homme mais l'homme au service de l'économie, les objectifs de productivité et les méthodes de management poussent les salariés jusqu'au bout de leurs limites. Jamais maladies, accidents du travail, souffrances physiques et psychologiques n'ont atteint un tel niveau.
Des histoires d'hommes et de femmes chez les psychologues ou les médecins du travail, à l'Inspection du Travail ou au conseil des prud'hommes qui nous révèlent combien il est urgent de repenser l'organisation du travail.



2009 - France - 68 minutes - 3 épisodes

lundi 5 décembre 2011

Du spectacle à la Wertkritik

Avec la sortie des ouvrages d'Anselm Jappe Jappe et de Robert Kurz (1)  aux éditions Lignes, ceci aux cotés de l'abruti Slavoj Žižek et du métaphysicien Badiou notre groupe a posé un débat qui produira certainement un petit texte, ceci pour savoir si la critique radicale de la valeur ou courant de la Wertkritik n'est rien d'autre qu'un mauvais marxisme orthodoxe (mécaniste) ou un nouvel avatar d'un sous structuralo-marxisme ?

La radicalisation d'un concept n'a jamais fait une analyse sérieuse, sauf à démontrer une tendance, ceci au prix d'un réductionnisme. Ce réductionnisme a encore une fois la fâcheuse manie de sortir de la scène historique les "acteurs" des luttes, pour les faire rentrer dans les bibliothèques, les facs et y rester*. 

"Exit" donc la lutte des classes, le prolétariat, le pouvoir et la domination de classe, la responsabilité de ceux qui tiennent le manche, puisque nous ne serions que des pantins dans un asile de fous. Là ou l'analyse relève du cas par cas, nous voici donc face à la pondération des responsabilités (2), face à une loi de la valeur quasi démiurgique. Ne nous reste t-il donc que l'annonce de la parousie ? 

Le temps a  dévitalisé le concept de spectacle, assimilé maintenant à "entertainment".
Souhaitons à la critique de la valeur, le même sort que cette théorie de la partie qui veux se faire encore une fois le tout. 

En ce qui nous concerne rien ne nous empêche de résister et de lutter pour un programme maximum négatif (3) ceci même si nous en nous connaissons les limites. La réhabilitation et le combat pour une analyse dialectique du réel est la meilleure parade à la pensée monocausale ou réifiée, objet de niche et d'étude pour nos marxologues radicaux de chaires.

* Nous n'avons rien contre l'étude mais les radiateurs des amphi ne chauffent pas pour NOUS.

(1) A lire, même si nous n'avons pas trouvé d'annonce "sérieuse", les ouvrages ne rivalisent pas avec "Nostradamus". Accordons à ces compilations d'écrits d'être au moins un coup de pied de plus dans le consensus gélatineux d'une critique "anti-capitaliste" pleine de pathos, qui en est réduit à quémander à la TV, la nième augmentation des effectifs dans les services publics.
(2) Le prolétaire n'est pas autant responsable que le bourgeois ou les capitalistes qui luttent aussi pour la défense d'intérêts de classe. Ceci au profit d'une "logique" qui serait folle par essence, et qui lisserait les degrés d'implications et de responsabilités. Prométhée n'a bien sur pas sa place ici, quand à l’anthropologie et aux différentes analyses tirées des sciences sociales... nous voici maintenant au courant, c'est la faute du travail abstrait !

(3) De ce que nous ne voulons plus et pas. (voir nos positions)


vendredi 25 novembre 2011

Darwinisme et marxisme par Anton Pannekoek

Les éditions ARKHE feront paraître en janvier 2012 : Darwinisme et marxisme d'Anton Pannekoek. (avec une préface de Patrick Tort)

PRESENTATION DE L'EDITEUR

Au cours de l'année 1909, l'astronome et astrophysicien révolutionnaire hollandais Anton Pannekoek (1873-1960), à l'occasion du centenaire de la naissance de Charles Darwin (1809-1882), publie un essai intitulé Darwinisme et Marxisme. Ce spécialiste reconnu des révolutions cosmiques y interroge la plus grande révolution biologique du XIXe siècle pour tester sa relation possible avec la révolution politique placée par Marx à l'horizon du processus historique. Ce faisant, il affronte un héritage : celui d'une intuition critique de Marx, inscrite dans une lettre à Engels du 18 juin 1862, selon laquelle, en dépit de l'intérêt manifeste qu'offre chez lui un matérialisme naturaliste apte à servir de socle au matérialisme historique, Darwin n'aurait fait en définitive que projeter sur la nature le schéma social de lutte concurrentielle qu'il avait emprunté à Malthus -, ce qui pouvait lui permettre en retour de naturaliser ad aeternum la structure même de la société capitaliste. Les positions anti-malthusiennes exprimées par Darwin en 1871 dans La Filiation de l'Homme donneront tort à Marx, qui a cédé trop tôt au devoir militant de combattre certains "darwinistes bourgeois", et qui ne pouvait en tout état de cause avoir lu en 1862 l'ouvrage au sein duquel Darwin allait exposer ouvertement sa théorie du dépérissement de la sélection éliminatoire au profit des conduites bienfaisantes, coopératives et altruistes dont s'accompagne l'extension indéfinie du processus de civilisation. Pannekoek, lui, a lu La Filiation. Comme il a lu, à l'opposé, Spencer, véritable inventeur de ce que l'on nommera plus tard, malencontreusement, le "darwinisme social". Il en résulte l'idée que Darwin et les "darwinistes sociaux", ce n'est pas la même chose. Et que darwinisme et marxisme ne sont plus incompatibles, mais, effectivement, complémentaires, à condition de pouvoir penser, entre l'histoire de la nature et l'histoire des sociétés, le recouvrement partiel des échelles temporelles et la combinaison connexe des tendances évolutives. Au coeur de cette problématique fondamentale, Patrick Tort, explique, dans son introduction et ses commentaires intercalés, l'intérêt, les enjeux et les limites du travail effectué par Pannekoek autour de ces questions majeures de la pensée contemporaine, et propose des clés pour mieux les comprendre.

ARKHE EDITIONS 280p. ISBN-13: 978-2918682165

mercredi 16 novembre 2011

Sétubal ville rouge en DVD

 

L'association  RaDAR (proche du mouvement trotskiste ) édite entre autre le film. Sétubal ville rouge, réalisé par Daniel Edinger et Michel Lequenne. Ce film relate l’expérience révolutionnaire des habitants de cette ville portugaise située à quelques kilomètres de Lisbonne. 
Une curiosité donc avec les limites du genre, une rhétorique spécifique mais qui incite au débat.

Ce film ce trouve hélas dans un coffret ARCHIVE 2. 


jeudi 10 novembre 2011

Le rugby, une sauvagerie marchande abrutissante par Fabien Ollier

Le rugby, une sauvagerie marchande abrutissante

Petit bilan d’une guerre en crampons

Frappée de plein fouet par la crise économique et financière, par un tremblement de terre ravageur (février et juin 2011) et par une marée noire (octobre 2011), la Nouvelle Zélande a été du 9 septembre au 23 octobre derniers au centre de « l’actualité ». Ce n’est pourtant pas pour les grandes difficultés qu’endure concrètement sa population dans la vie quotidienne, ni pour ses îles aux fiscalités paradisiaques qui accueillent bras ouverts les capitalistes maffieux que cette monarchie parlementaire ultra-libérale fut dans toutes les têtes. Si la Nouvelle Zélande a fait irruption dans les conversations, c’est pour le spectacle des chocs et percussions à la mode Maori entre blocs de brutasses épaisses grassement payées qui s’est déroulé dans ses enclos à bovins flambants neufs et sous surveillance militaro-policière. Chaque jour, les aventures belliqueuses des packs nationaux enfoncés dans la boue et l’herbe de l’Eden Park (le paradis des machines à frapper) ont donné lieu à de multiples bavardages extasiés. Leurs campagnes de dessoudage et d’élimination systématique de l’adversaire ont déclenché un véritable culte du rouleau compresseur physique, de la défonce musculaire, de l’agressivité auto-satisfaite et de la fatigue délibérément provoquée (« se sortir les tripes »…). « Plaquages impitoyables », « corrections », « fessées », « dominations », « concassages », « broyages », etc., toutes les expressions tirées du lexique des paras ont parfaitement rendu compte de la violence brute, de la force par la force (la « force par la joie » était le mot d’ordre des nazis…) et des virilités bestiales déployées sur les terrains, mises en scène par des marchands de gros cubes à petites cervelles et justifiées ou célébrées par les idéologues de l’« Ovalie joyeuse » (journalistes, intellectuels, artistes, etc.). Les visages bosselés des combattants, leurs oreilles en choux fleur, leurs nez ratatinés, leurs arcades néanderthaliennes, leurs protèges dents ont fait l’objet de toutes les attentions, voire de certaines hystéries sadomasochistes. Les caméras ont zoomé sur les gros cuisseaux bandés, les mâchoires d’acier, les regards vengeurs des molosses lancés comme des bolides sur le porteur de balle. Une esthétisation de la démolition humaine (coups, sang, transpiration, fatigue, grognements, etc.) a nourri les haines ordinaires des masses grégarisées qui se sont identifiées aux armadas de soudards, à leurs coups bas sur le terrain comme à leurs frasques nocturnes. En somme, la Coupe du monde de rugby 2011 commercialisée par l’International Rugby Board (IRB) a occulté la réalité socio-politique effective et lui a substitué la fantasmagorie régressive de la rage imbécile de vaincre, servie par des malabars bodybuildés qui se disputent une vessie de porc ovale à grands coups de boule, d’« ascenseurs », de « raffuts », de « fourchettes », de « cravates », de « mandales » et autres « plaquages en cathédrale » avant l’enchanteresse paillardise orgiaque de la troisième mi-temps, de plus en plus proche du « repos du guerrier » avec ses beuveries, ses viols collectifs et autres réjouissances de « gentlemen-voyous »[1]… Bien loin de coïncider avec les valeurs qu’il proclame sur tous les tons par le biais de ses mystagogues patentés (Daniel Herrero, Michel Serres, Denis Tilliniac, Catherine Kintzler, etc.), le rugby s’est encore révélé pour ce qu’il est réellement : non pas une « poésie » ou une « stylistique », mais une guerre en crampons particulièrement perverse entre montagnes de muscles et bulldozers indestructibles capables de se cogner brutalement sur le terrain et de se pincer « amicalement » les fesses en fin de match[2].

Financièrement parlant, ce vaste circus de néo-gladiateurs est une catastrophe de plus pour les Néo-Zélandais. « Selon les estimations de l’étude Mastercard “Rapport sur l’impact économique du rugby mondial : Coupe du Monde 2011”, l’activité économique générée par l’évènement devrait atteindre 654 millions de dollars (479 millions d’euros), soit 18% de moins que l’édition 2007 en France. […] Reste à connaître les gains financiers nets issus de la compétition. Ceux de cette édition ne seront pas connus précisément avant quelques semaines, mais on sait d’ores et déjà qu’ils seront affectés par les 550 millions d’euros dépensés pour la construction ou la rénovation des stades, là où la France avait limité ses dépenses (la plupart des stades avaient été rénovés pour la Coupe du Monde de foot de 1998). La catastrophe de Christchurch devrait également peser sur les comptes. En 2007, le bénéfice net de la compétition avait atteint environ 113 millions d’euros, alors que la Nouvelle-Zélande pourrait perdre de l’argent sur cet évènement » (Le Figaro, 23 septembre 2011). Volontairement serviles face aux exigences de l’IRB, les autorités néo-zélandaises ont investi l’argent public (550 millions d’euros !) à fonds perdus dans des constructions pharaoniques socialement inutiles. Toutes ces enceintes où s’empilent des corps surdimensionnés et grotesques, torses ravagés par les crampons et groins d’acier plongés dans la palpitante chaleur animale des postérieurs, sont d’ores et déjà mises au service des intérêts privés et des bénéfices des multinationales partenaires de « l’événementialité sportive ». L’IRB, comme la FIFA et le CIO, socialise les pertes et privatise les profits ! Comme le pensait Héraclite, « les porcs se complaisent plus dans la fange que dans l’eau pure ». C’est l’IRB, évidemment, qui réalise la meilleure opération financière de cette compétition hypermédiatisée : « Environ 4 milliards de téléspectateurs (audience cumulée) devraient suivre les matchs de la compétition. Soit presque autant qu’il y a 4 ans (4,2 milliards selon URS Finance and Economics et l’International Rugby Board). Plus de 220 millions d’euros de droits télés et marketing ont pour l’occasion été commercialisés par l’IRB, contre seulement 190 millions pour l’édition française de 2007. Toujours est-il que la Nouvelle-Zélande ne verra pas la couleur de cet argent, les recettes issues des droits télés et des contrats publicitaires tombant directement dans la poche de l’IRB, pour financer le développement mondial de la pratique du rugby » (Le Figaro, 23 septembre 2011). Contrairement à ce que pensent les nostalgiques de Roger Couderc, on assiste bel et bien depuis une bonne vingtaine d’années à un double mouvement de capitalisation du rugby et d’« ovalisation » du capital. Et dans ce qui ressemble de plus en plus à une grande « famille » de requins unis contradictoirement pour rentabiliser le spectacle d’amoncellements d’humanoïdes aux corps cabossés par le délicat pilonnage « humaniste » des mauls, les bébés baraqués en culottes courtes touchent en échange de leurs attentions « fraternelles », « viriles mais correctes », des salaires de mercenaires qui suffisent à mettre un terme à la grande illusion du « désintéressement sportif » et au mythe boueux du « rugby de clocher ». La grande majorité des joueurs de rugby se vendent lamentablement au plus offrant en fin de saison et arrondissent leurs salaires en servant de ridicules panneaux publicitaires pour des marques de mousse à raser, de parfum, de chaussures, etc. Ils n’incarnent donc aucune valeur, sinon celles des marchandises. Ils ne sont les représentants d’aucune vertu éducative, sinon celles de la loi du plus fort et de la force brutale. Comme tous les myophiles pris dans la logique même de la compétition sportive qui consiste à diviser et opposer à l’infini des individus ou des groupes d’individus entre eux (voire des hommes et des animaux, et même des animaux entre eux), ils combattent pour dominer, humilier, écraser, terrasser l’adversaire : lui « mettre une raclée » ou lui infliger une « défaite humiliante ». Telle est bien la nature sadique de l’agression sportive dont les rugbymen, entraînés et drillés scientifiquement dans des camps de commandos paramilitaires, sont, autant que tous les autres janissaires sportifs contemporains, les parangons.

Les affrontements brutaux et les collisions rugbystiques médiatisées ont une fonction idéologique majeure : habituer les esprits à supporter des images monstrueuses et brutaliser les consciences pour qu’elles se mettent en veille. De la « guerre symbolique » dans les stades, que plus personne ne conteste mais au contraire admire, à celles sur les champs de bataille qu’une grande majorité de la population mondiale tolère et supporte comme un « mal nécessaire », il y a une suite logique qui peut tenir en une seule expression : la naturalisation de la guerre de tous contre tous. L’esthétisation des corps guerriers, qui est devenue le fonds de commerce propagandiste du sport-spectacle de compétition, a pour conséquences évidentes de fondre le concept de « beau » – concept transcendantal et transhistorique – dans celui de « guerre », et à faire de la « beauté guerrière » un projet de civilisation qui se présente sous des atours ontologiques. Les sentiments de résistance et d’indignation face aux violences physiques et à l’affrontement guerrier disparaissent grâce aux spectacles sportifs, et notamment grâce aux spectacles du rugby « mondialisé » contemporain. De nombreuses équipes l’affirment haut et fort, hakas anthropophages à l’appui s’il le faut : elles sont « en guerre contre le monde entier ». Certains joueurs pensent même qu’ils ont ça dans le sang : « Le combat fait partie de nos gènes », pérore Rodrigo Roncero, pilier de l’équipe d’Argentine. Quant à d’autres, admirateurs de Raphaël Ibanez ou de Sébastien Chabal, ils se voient en « 4 x 4 » fonçant sur les plates bandes adverses et ravageant tout sur leur passage. Pendant cette Coupe du monde, les suspensions de joueurs pour « faute grave », c’est-à-dire pour violences parfois meurtrières, n’ont pas manqué : plaquage haut de Armitage (Angleterre), plaquages en cathédrale de Estebanez (France) et de Hufanga (Tonga), coup porté par Williams (Samoa) sur un adversaire Sud-Africain, blessures graves infligées par Lawes (Angleterre) à Ledesma et Tiesi (Argentine), etc. Et l’on revoit encore le choc subi par Kleeberger (Canada) et Woodcock (All Blacks), tous les deux complètement sonnés malgré leurs carrures de bulldozers par un « tampon » dont le but était clair : éliminer l’obstacle, quoi qu’il en coûta. Une véritable découpe du monde ! C’est en fonction de programmes rationalisés de sélection et de construction de « machines de guerre », de « rhinocéros hybrides » à la fois puissants et rapides, énormes et félins, souples et résistants au mal, que les joueurs finissent donc aujourd’hui par former une équipe de « warriors » capables d’infliger des impacts à flux constant. Tels de gros obus sur pattes, les soi-disant dieux du stade pilonnent les lignes adverses inlassablement, mécaniquement, impitoyablement. Un pilier reçoit près de 200 impacts par match… encore le faut-il bien rembourré ! Cela fait dire à Serge Simon, ancien pilier de Bègles, que « le rugby n’est plus un sport de combat, mais de collisions ». Une nuance de taille ! Les métaphores journalistiques abondent d’ailleurs en ce sens et ne se lassent pas de vouloir nous faire rêver de « clashs » humains avec bris de glace et pare-chocs défoncés. Il faut que ça saigne, il faut que ça se disloque, que ça se désosse, il faut que ça s’écrabouille ! Selon l’indice de masse corporelle, les rugbymen-tanks seraient pour la plupart considérés par l’Organisation mondiale de la santé comme… obèses. Or, il n’aura échappé à personne que ces obèses-là courent le 100m en moins de onze secondes et n’ont pas plus de 7 % de masse graisseuse… Bodybuildés, carénés, cuirassés, blindés grâce à des méthodes « scientifiques », ils sont les preuves vivantes (ou presque…) d’une véritable course à l’armement ouverte par la professionnalisation quasi-internationale. Le préparateur physique international Jean-Paul Dutreloux ne le démentait pas en 2007 : « C’est la course aux armements pour les clubs pro. […] On choisit les joueurs sur catalogue, selon le gabarit. Comme au marché aux chevaux » (Geo, « La mêlée des cultures », septembre 2007, p. 86). La profonde mutation des corps rugbystiques contribue à la production d’un eugénisme symbolique. La rationalisation biomécanique envisage le rugbyman comme objet tactique, outil de « tamponnages » et de « pénétrations » des lignes adverses, image de la puissance nationale et produit de marketing. Cette uniformisation des corps engage une véritable sélection naturelle « morphocentriste » dans la jungle nauséeuse du rugby, mais aussi dans celle plus vaste d’une société où il faut se mithridatiser pour gagner sa vie, encaisser les coups durs, les chocs, etc. On connaissait les « gueules cassées » de la Grande Guerre, on a aujourd’hui les « gueules carrées » des grandes batailles ensanglantées du stade.

Au rugby, la destruction symbolique et concrète de l’autre, donc in fine de soi-même puisque, comme dans tous les sports de combat, c’est le corps propre du rugbyman qui devient une arme, passe par la généralisation de pratiques dopantes, de régimes alimentaires surprotéinés, du surentraînement et d’un conditionnement à l’agressivité et à la bestialité débordante. Ce sado-masochisme institué et transformé en vertu éducative – « On doit montrer aux jeunes que le sport est un vecteur d’intégration, de partage. Souffrir, gagner et vivre ensemble » déclarait Bernard Laporte, Secrétaire d’État aux sports, dans Le Parisien du 19 octobre 2007 –  est aujourd’hui de plus en plus dénoncé par les médecins du sport qui soulignent évidemment le problème de santé publique que ces comportements induisent. Bien entendu, le fait que trois anciens joueurs des Springboks victorieux de la Coupe du monde en 1995 soient atteints, à l’âge de 40 ans, de maladies extrêmement rares et mortelles, très probablement contractées à cause d’un dopage massif et systématique, a de quoi alerter le milieu médical qui ne veut pas se rendre complice d’une hécatombe programmée (Voir le dossier « On achève bien les Springboks », Le Monde, 8 octobre 2011). Frédéric Bauduer estime qu’avec l’avènement du professionnalisme, « les blessures musculaires ont explosé dans le rugby, à tel point que l’on peut se demander si les joueurs n’ont pas atteint leurs limites biophysiques […] ; les muscles sont hyperstimulés et les contraintes sur les articulations sont si démesurées qu’on assiste à des usures très précoces des cartilages » (Le Monde, 6 octobre 2007). Les plaquages et les chocs sont aussi sous haute surveillance médicale : « Les professionnels de la santé qui gravitent autour du rugby dénoncent la prolifération des blessures sans retour, principalement de la moelle épinière. […] Des conclusions similaires viennent également de remonter d’Afrique du Sud, parlant même d’une hausse des paralysies chez les scolaires ! En France, des études font également état de la situation buccale des joueurs : elles ont décelé une augmentation des traumatismes. Comme si les dents ressemblaient à de la porcelaine fissurée… » (La Montagne, 24 juillet 2007). Les dérèglements de la thyroïde constatés chez de nombreux joueurs du Top 14 sont une autre source de préoccupation. Et trois hypothèses les expliquent : « Un régime riche en protéines, la consommation de compléments alimentaires contenant des extraits thyroïdiens ou la prise d’hormones thyroïdiennes. Pour l’heure non inscrites sur liste des produits dopants, ces hormones sont notamment utilisées par les body-builders pour perdre de la masse grasse et assécher les muscles » (Le Monde, 6 octobre 2007). Nous touchons là le véritable cœur du problème, la contradiction fondamentale du système sportif tiraillé entre les limites de l’espèce humaine et l’obligation permanente d’en faire progresser les performances : le dopage généralisé, le dopage sous assistance médicale, le dopage qui doit perpétuellement échapper, comme dans un jeu de dupes, aux contrôles censés le détecter. Certes, il y aura bien encore quelques naïfs pour croire que le dopage n’a pas eu cours pendant cette Coupe du monde de rugby sous prétexte que les contrôles antidopage urinaires pratiqués depuis le début du tournoi s’avèreront tous négatifs. Mais comment détecter les produits qui ne figurent pas dans les listes ? Comment détecter le dopage sanguin – blood spining, oxygénation du sang, hémoglobine de synthèse, etc. – en ne s’intéressant qu’à l’urine ? Comment détecter l’évolution du taux d’hématocrites en ne faisant des contrôles que ponctuellement ? « Il serait utopique de penser qu’il n’y a pas de dopage dans notre sport », déclarait Fabien Pelous avant la Coupe du monde 2007 (Le Monde, 31 juillet 2007). Et effectivement, l’Ovalie de l’IRB n’est pas l’Utopie de Thomas More ! L’article édifiant de Jean-Damien Lesay publié lors du Mondial 2007 donnait l’occasion de s’en persuader : « Les équipes étrangères participant à la Coupe du monde devaient déclarer à l’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps) tout médicament introduit en France durant le tournoi. […] “Les produits sont sujets à interrogation”, soutient Pierre Bordry, président de l’Agence française de lutte contre le dopage (AFLD). Deux grandes classes de produits retiennent l’attention : les glucocorticoïdes et les bêta-2 agonistes. Les premiers, présents en nombre sur les listes transmises à l’Afssaps, sont notamment utilisés pour soigner allergies, infections ORL, tendinites etc. […] Mais leur utilisation en compétition peut avoir un tout autre intérêt. “Les glucocorticoïdes sont des produits excessivement dopants, des stimulants majeurs de tous les métabolismes énergétiques et neuropsychologiques de l’organisme”, précise Gérard Dine [spécialiste du dopage]. “L’association de glucocorticoïdes sous forme injectable et sous forme de pommade est classique dans le dopage. On se fait une injection de Kénacort et on dira qu’on a mis une couche très épaisse de Diprosone en crème” met en garde Véronique Lebar, médecin de l’AFLD. Les bêta-2 agonistes (salbutanol, terbutaline, etc.) sont eux des produits pour asthmatiques. “Dans un usage dopant, ils améliorent l’oxygénation et stimulent la respiration” explique Gérard Dine. Parmi les autres médicaments présents dans les bagages, les spécialistes s’interrogent à propos des stupéfiants (morphine et péthidine) et des anti-angoreux, dont l’action est positive sur l’oxygénation. “Les anti-angoreux peuvent être considérés comme des produits dopants mais ils ne sont pas interdits” ajoute Gérard Dine. Contrairement à certains stimulants, anabolisants ou hormones, les glucocorticoïdes et les bêta-2 agonistes peuvent faire l’objet d’une autorisation d’usage thérapeutique (AUT) qui dédouanera tout sportif contrôlé positif. […]“Après la Coupe du monde 2003, j’ai constaté une inflation des AUT chez tous les internationaux étrangers jouant en France” déplore Christain Bagate [président de la commission médicale de la FFR] » (Libération, 17 septembre 2007). Il n’y aucune raison que le Mondial en Nouvelle Zélande change une telle donne compte tenu des énormes enjeux financiers qui pèsent sur chaque match retransmis aux quatre coins du globe. Les « forces de la nature », les « physiques exceptionnels », les « musculatures sculpturales » sont autant d’expressions utilisées pour qualifier les golgoths de l’Ovalie, et ainsi les blanchir, naturaliser et esthétiser leurs métamorphoses pourtant planifiées dans une vaste expérimentation in vivo de joueurs bioniques. Le corps presque entièrement « rafistolé » de Johnny Wilkinson, le demi d’ouverture vedette du XV d’Angleterre, témoigne de la résurrection herculéenne, sous assistance chimique, de tous les corps des rugbymen situés entre deux phases de cette expérimentation. Blessé et opéré à l’épaule droite par deux fois, au genou gauche et aux adducteurs, au rein et au biceps, victime de lésions graves aux vertèbres cervicales, et ce en l’espace de moins de 3 ans, ce joueur de 32 ans seulement n’a pas quitté le haut niveau et s’est offert un quart de finale contre le XV de France. Et le tout à l’eau claire et grâce au yoga ?



Comme dans tous les autres sports très « mondialisés » – c’est-à-dire capitalisés au niveau international – la logique d’affrontement inhérente au rugby tend à devenir de plus en plus guerrière sous l’effet de la concurrence généralisée et des enjeux financiers et médiatiques mirobolants. Les affaires de dopage succèdent aux affaires de matchs truqués qui laissent place aux affaires de corruption des dirigeants et aux bilans de santé glorieux des institutions sportives pour lesquelles l’argent public a été dilapidé en dépit du bon sens. Dès lors, on peut se demander une chose : qu’est-ce qui distingue profondément le Mondial de football, par exemple, et le Mondial de rugby ? Tous deux sont des phénomènes d’aliénation planétaire, des business maffieux florissants et des spectacles régressifs et infantilisants qui distillent à haute dose l’idéologie du plus fort et la mythologie du meilleur. Cela suffit à les contester radicalement. Toutefois, la spécificité du rugby réside dans « l’histoire d’hommes » (dixit Marc Lièvremont) qu’il est censé transmettre à grand renfort de grognements, ahanements, glapissements, aboiements et hurlements de prédateurs déchaînés. Le rugby, osons le dire, est une forme nouvelle de vengeance sectaire à visée homosensuelle contre l’essor de caractéristiques spécifiquement féminines – subversives – dans la société. Le rugby exerce sur les masses une fascination pédérastique et fascisante pour les « belles brutes » entassées et interpénétrées, les « musclés », les « costauds », « les rugissants » qui mouillent le maillot, tous symboles par leur force « pure et dure » d’une société patriarcale féroce et répressive construite grâce à la libération des pulsions agressives primaires du mâle[3] (compétitivité, rendement, productivisme, violences physiques de domination, intimidations prédatrices, vengeance, revanche, etc.). Souvenons-nous de ce que disait Vladimir Jankélévitch dans son texte « Psycho-analyse de l’antisémitisme » écrit en 1943 : « Le pseudo-vertuisme hitlérien doit être considéré comme une revanche de la virilité contre la civilisation féminine et voluptueuse incarnée par la France. Hitler, l’homme sans femmes, est ce beau barbare chaste, indifférent aux filles fleurs et à toutes les sirènes de l’agrément. Le galimatias néospartiate, si en vogue dans les mouvements dits de “jeunesse”, est lui-même d’origine pédérastique. Feuilletez leurs magazines : ce ne sont que faisceaux, francisques, athlètes, profils romains, virilité délirante. Tous ces polissons feront donc expier à la race voluptueuse ses succès auprès des femmes, son intérêt pour les femmes, son culte de la femme ; la guerre sera la grande représaille de l’inversion masculine contre la féminité[4] ». Nous pouvons actualiser ce passage et l’appliquer à cette Coupe du monde de rugby : les pseudo-vertus, les pseudo-valeurs du rugby doivent être considérées comme une revanche de la virilité contre la civilisation féminine et voluptueuse. Les rugbymen, ces hommes qui restent entre eux pendant que les femmes font la cuisine (ou les pom-pom girls), sont ces « beaux » barbares  qui incarnent l’indifférence aux sirènes de l’agrément et la résistance masochiste à la souffrance. Le galimatias néospartiate, si en vogue dans les clubs amateurs et professionnels, est lui-même d’origine pédérastique. Feuilletez les magazines spécialisés, les calendriers de Guazzini, regardez les spots publicitaires : ce ne sont que muscles brillants mêlés à l’acier, profils carénés de gladiateurs aux yeux durs, virilité délirante de néo-vikings. Tous ces garçons de garnison servent donc à faire expier leur culte de la femme aux résistants à « l’ordre ovalique » que nous sommes. La guerre en crampons des paquets de muscles aux carrures de gorilles est la grande représaille de l’inversion masculine contre la féminité. Que les femmes soient alors devenues les cibles privilégiées de la propagande rugbystique n’a donc rien d’étonnant. Il y a simplement quelque chose de désespérant à constater sa réussite aussi rapide…


 Fabien Ollier, directeur de publication de la revue Quel Sport ?

Quel Sport ? a consacré sa deuxième livraison à la Coupe du monde de rugby 2007 : « Rugby : la Coupe du monde des brutes et des abrutis », n° 2/3, janvier 2008.






[1] Lors d’une émission de RMC le 3 octobre, plusieurs chroniqueurs ont appelé l’équipe de France de Rugby à « se faire pousser des couilles ». Sébastien Chabal, le poète des mêlées, évoquait la « règle des 3C » : « des couilles, des couilles et encore des couilles ». Vincent Moscato, animateur de cette émission pour intellectuels du slip et ancien rugbyman, expliquait la réussite de l’impérialisme anglais par leurs « couilles » : « Je crois que sincèrement, ils ont envahi le monde, pas parce qu’ils étaient des couilles molles. Tu vois c’étaient les rois sur les mers, sur les airs, partout, parce que c’étaient des mecs qui avaient des couilles, c’est tout, simplement ». Sur cette lancée virile, Moscato et Eric Di Meco (ancien joueur de football de l’équipe de France et de l’OM) ont commenté le cas de trois joueurs anglais qui auraient harcelé sexuellement une femme de chambre. Pour Di Meco, cette affaire « va tuer le métier des femmes de chambre. Ils vont mettre dans tous les hôtels du monde des gros barbus, des Maoris, des machins, elles se tuent le boulot elles-mêmes ! ». Il avoue que chez les sportifs « tout le monde l’a fait », lui le premier. « T’es là t’es en petite tenue : la femme de chambre rentre, t’as le chichi sur le côté, ça c’est ta spécialité. […] On a fait des horreurs, tous, c’est pour ça qu’on est un peu emmerdé quand on parle de ça, mais on a tous fait des horreurs. […] La vie de groupe c’est d’aller sortir le chichi à la femme de ménage. On est trois, on rigole ». Les plaisirs partagés des troisièmes mi-temps…

[2] Martine Aubry s’est d’ailleurs empressée d’adopter pour son compte et pour l’ensemble du PS ce genre de pratique perverse. Le 15 octobre 2011, après le match victorieux de l’équipe de France contre le Pays de Galles qu’elle avait suivi sur écran géant dans un bar de Lille avec son « équipe de campagne »  – tandis que François Hollande assistait à une compétition de cyclo-cross en Corrèze ! – la dame patronnesse du PS lançait : « [La primaire socialiste] c’est un petit peu comme au rugby, ils [les joueurs] se cognent dessus beaucoup plus fort que nous pendant deux mi-temps, ils sont beaucoup plus carrés, et puis, ensuite, à la troisième mi-temps, ils font la fête ensemble. Nous, ce sera la même chose dès lundi. En tout cas, je ferai en sorte qu’il en soit ainsi ». Une belle conception de la politique…

[3] Sur ce sujet, cf. Herbert Marcuse, « Marxisme et féminisme », in Le Problème du changement social dans la société technologique suivi de Marxisme et féminisme, Paris, Homnisphères, 2007. Marcuse met en avant ceci : « Formulées comme anti-thèses des qualités masculines dominantes, ces qualités féminines seraient la réceptivité, la sensibilité, la non-violence, la tendresse, etc. Ces caractéristiques se situent en effet en opposition à la domination et à l’exploitation. Au niveau psychologique primaire, elles exprimeraient l’énergie de l’instinct de vie contre l’instinct de mort et l’énergie destructive » (p. 85).
[4] Vladimir Jankélévitch, « Psycho-analyse de l’antisémitisme », republié in Prétentaine, n° 9-10, « Étranger - Fascisme - Antisémitisme - Racisme », avril 1998, pp. 129-131.

mercredi 26 octobre 2011

Mai 68 : Un mouvement politique par Jean-Pierre Duteuil

Pour faire suite au billet La révolution n'a pas eu lieu nous invitons à lire l'ouvrage de JP.DUTEUIL :

Réduit à une pure dimension culturelle (elle-même vidée de son contenu subversif) par ceux qui veulent éradiquer toute idée de révolution et de critique du capitalisme, Mai 68 ne fut pas un accident de l’histoire sans suites. Pour de nombreux ouvriers mai 68 commence dès 1966 avec les révoltes à Caen, en Lorraine, à Fougères, à Redon ou à St-Nazaire ; avec un mouvement paysan en pleine mutation qui redécouvre l’affrontement avec la police ; avec un mouvement lycéen qui émerge plus d’un an avant les fameux événements. Sans en prévoir ni les formes ni le déroulement il fallait être aveugle pour ne pas voir que de grandes choses se préparaient. La France ne s’ennuyait pas, la lutte des classes n’était pas rangée au rayon des antiquités, la classe ouvrière n’avait pas fait ses adieux.Mai 68 ce furent aussi de nouvelles formes d’organisation que l’on retrouvera tout au long des 40 années qui suivront : les Comités d’action, avec la volonté d’autonomie et la défiance vis-à-vis des structures syndicales et politiques. 

Mai 68 : Un mouvement politique par Jean-Pierre Duteuil - Ed. ACRATIE

Voir aussi:

- Mai 68 et ses vies ultérieures de Kristin Ross Ed. Agone
- L'insubordination ouvrière dans les années 68 : Essai d'histoire politique des usines de Xavier Vigna Presses Universitaires de Rennes.

lundi 3 octobre 2011

La revolution n'a pas eu lieu !

Pour une critique du concept de "liberalisme libertaire" chez Michel Clouscard.

C'est finalement dans les interviews que l'illisible Michel Clouscard était le plus clair:
"L'Etat a été l'instance super structurale de la répression capitaliste. C 'est pourquoi Marx le dénonce. Mais aujourd'hui, avec la mondialisation, le renversement est total. Alors que l'Etat Nation a pu être le moyen d'oppression d'une classe par une autre, il devient le moyen de résister à la mondialisation. C'est un jeu dialectique." Le génie marxiste d'aujourd'hui (in L 'évadé n° 8 )
La Sainte dialectique au service de l'Etat Nation ! Est-ce si étonnant que cela de la part de cet intellectuel compagnon de route du PCF ? Décidément la pirouette dialectique s’accommode de toutes les justifications.
Pour ceux qui découvrent la pensée de M.Clouscard il faut bien sûr remettre celle-ci dans son époque. Gros scores du PCF, monde bipolaire, anti-americanisme, luttes de femmes, montée des "gauchismes" mais aussi et surtout reflux de la vague de 68.
L'être et le code sa thèse, parait en effet en 1972 ceci postérieurement à la soutenance de son travail universitaire. Michel Clouscard à 40 ans en 68.
La défaite de l'action, et du projet révolutionnaire "total", a été la possibilité pour les différents projets de contestations parcellaires du monde de s'affirmer. De 1917 à la contre-révolution stalinienne, de l'Espagne révolutionnaire à la victoire des fascismes cédons ici que la succession des échecs a de quoi désespérer des générations de militants.
Ainsi, aussi critiquable soit-il, constatons que le réformisme radical a su s'imposer parce qu'il y avait des aspirations à combler, plus précisément de ceux qui ne voulaient faire le deuil d'une résistance à cette marche forcée. Spécialisation, efficacité sont bien les marques de fabrique du capital. Au nom de quoi le "travail" militant devait-il y échapper ? 
Les énergies militantes ont été captées par les luttes sociétales et culturelles amalgamées avec les luttes anti -coloniales ceci avec des résultats ! (Processus de décolonisation, lois sur l'avortement et la contraception, majorité, lutte contre la prison, luttes des "minorités" sexuelles ou ethniques etc...). La négation de l’affrontement de classe (la lutte des classes)  a été le prix à payer ne ce nouvel objet militant.
Ainsi par exemple le "droit des peuples à disposer d'eux mêmes" à surtout été le droit des peuples à être exploités par leur propres bourgeoisies. Ici le "peuple" comprenant bourgeois et prolétaires qui c'est bien connu ont des intérêts communs.
L'abandon de la perspective classiste, facilité de plus par le discours anti-communiste des apostats staliniens, mao, passés à la social-démocratie, qui après avoir fait la promotion des dictatures communistes "découvraient" le goulag avec 50 ans de retard.

Outre certains trotskistes "critiques" sans partis, quelques tendances du mouvement libertaire et de l'ultra-gauche historique, rares étaient ceux qui se réclamaient d'un Internationalisme du troisième camp.
Soyons clair, le discours anti-communiste a permis la promotion de cette terrible équation: transformation "totale" du monde égale transformation Totalitaire. Qui par ricochet a aussi laissé toutes critiques radicales hors du champ des possibles.
Ainsi n'était-il concevable que de faire sa révolution intérieure, de combattre le "fascisme en nous", d'auto-gérer sa misère par la thérapie, et d'admettre que la politique n'était qu'une entreprise de subversion culturelle ou un hobby fonctionnarisé. L'heure n'était plus au "militantisme aliéné", la classe ouvrière avait disparu des études sociologiques. N'est-ce pas la meilleure porte d'entrée du militantisme séparé ou parcellaire, sociétal ?

Le 68 planétaire à accompagné l'élément majeur et structurant de la période: la fin du compromis keynésien et le retournement du modèle productif qui touchait ses limites, et annonçait des attaques encore plus virulentes du capital sur la classe ouvrière. Le maintient du taux de profit avait ses variables d'ajustement, la technologie, le salaire et ce fameux "capital le plus précieux" le "capital humain" comme disait Staline !
La nébuleuse sociologie Clouscardienne est un concentré de cette histoire et de ressentiments, d'incompréhension propre au discours partisan, d'un homme proche du PCF et de sa "philosophie". M.Clouscard est passé à coté de ce que signifiait le poids d'une société contrôlée par le PCF (mais pas seulement) culturellement. L’ingérence de sa bureaucratie et de son appareil, qui a érigé en art le mensonge et la répression. (Notons que Clouscard n'aurait jamais été membre du PCF....pas fou ! nous aimerions d’ailleurs lire de sa plume une critique du PCF, celui de Garaudy, Thorez , Duclos, Waldeck Rochet, Marchais)
Peut-on vraiment s'étonner que l'économie de la reconstruction, qui a permis à une classe moyenne de se renforcer et de se structurer, et dont la méritocratie a été l'idéologie, qu'elle renonce à sa part du gâteau ? Ceci en dehors de toute adhésion au projet révolutionnaire du monde, il va sans dire. 

Peut-être faudra t-il aussi un jour analyser en profondeur le flirt constant et l’ambiguïté qu'a pu avoir le PCF avec les "classes moyennes" ceci de Jacques Doriot à l'actuel PCF.
Les revendications d'une classe ascendante (ici les classes moyennes: concept flou avouons le) qui fait passer la volonté d'une partie comme un tout n'annonce t-elle pas forcement la répression qui vient ?
Comme un contre-pied à cette incompréhension M.Clouscard développe alors un discours anti-68, rabrouant le freudo-marxisme et les courants anti-autoritaire. (École de Francfort avait une place de choix comme cible)
Ainsi dans sa réaction comme intellectuel organique, contre de ce qu'il nommait alors  "libéralisme libertaire" se trouve 3 combats médités.
1 - Le sien comme théoricien "original" en concurrence avec "d'autres". Althusser, Henri Lefebvre, et L'hégélo marxisme ambiant etc...
2 - Contre le marxisme anti-autoritaire et l'anarchisme (libertaire). 
M. Clouscard a développé cet absurde oxymore, pour qui à un peu de culture politique. La tradition libertaire (communisme libertaire et anarcho-syndicaliste) a toujours combattu le capitalisme sous toutes ses formes et ne partage rien avec la conception "libérale" de l'économie en théorie et en pratique. 
Ici commence la mauvaise fois et la manipulation clouscardienne, et prouve que son maniement de la "dialectique sérieuse" n'a pour objet que de discréditer le projet révolutionnaire sur sa "gauche". Avec d'autres moyens et à une autre époque nous renvoyons le lecteur à l'attitude des staliniens pendant la guerre d'Espagne vis à vis du POUM et des Anarchistes. Les "hitléro-trotskistes" d'hier sont peut-être bien les "libéraux libertaires" d'aujourd'hui !
N'en déplaise au petit soralien en herbe qui s'ignore Aymeric Monville (*) si les des ouvriers radicaux ou des étudiants pouvaient écrire "ne travaillez jamais" ils l'écrivaient dans une société sans chômage ! Ou dans la 1/2 heure vous trouviez du boulot. Il s'agissait d'une critique de l'aliénation dans le travail et des conditions du travail comme tripalium. Quant à demander "l'impossible" c'était surtout de se débarrasser du vieux monde ! En cela ils étaient déjà très réalistes tant la tâche est difficile.
3 - La promotion et la défense de l'Etat en bon léniniste, et de la Nation, prolongeant ainsi le fantasme stalinien d'un possible socialisme dans un seul pays. M.Clouscard soigne jusqu'à la caricature l’enrégimentement, ainsi son bolchevisme débouche t-il sur une forme d'ascétisme / moralisme, complété par un éloge de la domestication des corps structuré par le mythe du "sport rouge" (1) Quand ce n'est pas celle de la famille nucléaire comme substantia prima.(2)
L'analyse clouscardienne fait à posteriori le constat d'une entreprise de subversion, menée par des étudiants "petit-bourgeois" et des théoriciens promoteurs de la permissivité et de la libido au service du capital, ou l'inverse !
Quid des grèves, des combats, et de la répression ? Des résistances des ouvriers / ouvrières grévistes ostracisés, des caisses de solidarités, de générations de militants anonymes ? tous des pantins qui courent derrière du "plus de jouir "? Séduits par le capitalisme malgré eux ? Pourquoi présager de la sincérité des initiatives et des résistances ?
L'analyse est un peu courte et confine au ridicule pour un lecteur sérieux de Marx. Ce genre de raccourcie, donne, dans les productions dites sérieuses, des idioties lacaniennes du genre : la pin-up a sauvé/relancé l'économie américaine. (Dany-Robert Dufour in La Cité perverse : Libéralisme et pornographie ).
La disqualification sociologique menée par Clouscard était à l'époque une antienne stalinienne reprise actuellement par quelques intellectuels ceci jusqu'à une certaine extrême droite.
Et bien sûr il y a bien quelques point communs qui transcendent ses courants qui a permis à des intellectuels déclassés ou en mal de promotion d'établir des ponts, dont l'Etat, la Nation et le "patriotisme"... républicain ? reste le point de jonction. Le stalinisme n'est t-il pas un socialisme national ?
Au moment ou Clouscard produisait ses élucubrations, ouvriers et paysans portugais prenaient et occupaient terres et usines et tentaient de résister aux nationalistes du Parti communiste Portugais (pléonasme) et aux bourgeois du Parti socialiste qui devaient envoyer l'armée pour arrêter le processus de collectivisation en cours (aussi limité et contestable soit-il). Peut-être qu'un Jean-Claude Michéa arriverait alors pour nous souffler un "c'était mieux avant"...? avant quoi d'ailleurs, et où ??
N'oublions pas que le PCF lui invitait les ouvriers à savoir "terminer une grève" et que la CGT savait se faire "respecter" quand il fallait évacuer les usines en 68. (3)
M.Clouscard ne traite bien sûr jamais du combat radical des prolétaires pour en découdre avec le capital. Peut-être par ce qu'il le considère par essence comme celui de la valeur d'usage qui cherche à se faire échange ?
Accordons néanmoins à M.Cloucard ceci n'est déplaise au décroissant Paul Aries, d'avoir su dénoncer le fait que la classe ouvrière "n'hyper-consommait" pas, pas plus qu'avant, ou alors ce qu'il fallait pour reproduire sa force de travail. Que le superflu de certains est le nécessaire des autres. Et que l'ascétisme volontaire des petits-bourgeois cache bien souvent les fins de mois difficiles de la classe ouvrière.
*
Ceci posé, peut-être faut-il simplement dire au nouveau lecteur de Michel Clouscard qui fréquente les librairies "gauchistes" (ironie de l'histoire) que la révolution n'a pas eu lieu !! et qu'inévitablement la loi de la valeur soumet la totalité de l'espace humain.
Que toute entreprise de transformation radicale (une révolution par exemple ?) qui n'aboutit pas donne lieu à une récupération de ses éléments (culturels, politiques, groupes, aspirations) et intègre de fait la sphère marchande ceci pour le meilleur et pour le pire (4)
"Rien qui ne devienne vénal, qui ne se fasse vendre et acheter ! La circulation devient la grande cornue sociale où tout se précipite pour en sortir transformé en cristal monnaie. Rien ne résiste à cette alchimie, pas même les os des saints et encore moins des choses sacro-saintes, plus délicates, res sacrosanctoe, extra commercium hominum. (Choses sacro-saintes, hors du commerce des hommes) De même que toute différence de qualité entre les marchandises s’efface dans l’argent, de même lui, niveleur radical, efface toutes les distinctions" Le Capital I. PL. Ec., I p. 673 sq. Karl Marx.
Depuis quelques années des cohortes de théoriciens fonctionnaires (ATTAC, Fondation Copernic et autres officines du PCF) dont M. Clouscard était, cultivent comme lui cette nostalgie du CNR. Ah le bon vieux temps du CNR ! ou le PCF faisait 25%, ou le travail à la chaine abrutissait les ouvriers encadrées pas le joyeux couple PCF/CGT et ou le mot "famille" avait encore un sens ? ou nous produisions Français sous un beau drapeau bleu blanc rouge.
Bien capable de vouloir garder les acquis du CNR certains s'accommodent mal de la subversion culturelle dont la marchandise et le capital se sert actuellement.  Car que ne fait-on pas pour garder les "retraites" ?! et défendre les "Zacquis sociaux" ? Une retraite par répartition jusqu'a 80 ans ? (5)
Car en s'économisant d'une critique pratique à la racine des choses ou d'une révolution anti-capitaliste débarrassée du salariat et de l'argent de l'Etat et des frontières, de la marchandise et des drapeaux, nous pouvons déjà prédire que dindons de la farce nostalgique seront toujours les mêmes, les ouvriers et les employés ou le prolétariat.
Il n'y a jamais eu de socialisme dans un seul pays. Il n'y aura pas plus de capitalisme à visage humain ou régulé dans un seul pays.
Cette nouvelle escroquerie, néo-stalinienne, des classes liés au "capitalisme national" (petits patrons liés au marché intérieur ou national et à son lot de fonctionnaires ou de salariés liés au secteur public ou aux marchés nationaux, l'armement, le nucléaire, et le néo-colonialisme etc...) s'évertuent à cultiver le mythe de la régulation financière et de la nostalgie industrielle de la France. Celle ou l'ouvrier avait du boulot mais de merde et se faisait tutoyer par le patron de père en fils.
L'idéologie du CNR servie en 2011 est la base nécessaire à la reproduction d'une fraction de classe pas plus. Comme toute idéologie qui s'hypostase elle secrète ses paradigmes d'analyses et s'auto-justifie.
Du capital vu comme "séducteur" ou du "petit bourgeois" "pervers", "feignant" et "parasite", qui veux faire "payer" le sympathique ouvrier à tête de Jean Gabin sortie directement d'un monde à la Audiard.  Le délire paranoïaque de la "morale du producteur" vire presque au complot.

Ainsi si Cohn-Bendit était anarchiste en 68 ce que nous sommes bien prêt à accepter, rien ne nous autorise aussi facilement à essentialiser les parcours et à en faire un modèle type. Ceci d'autant plus qu'il n'est représentatif que de lui même et s'assume maintenant ouvertement comment étant du coté du "manche".
 
Combien d’anonymes et sincères militants révolutionnaires pour quelques Serge July, ou autres Henri Weber.

Nous n'idéalisons pas plus une pureté imaginaire du "pauvre prolétaire" éternelle victime. Incarnation de la décence ordinaire naturalisée par l'anti-utilitarisme qui années après années, ouvrages après ouvrages se trouve plus que nuancée, tant il s'agit d'un a priori métaphysique humaniste. 

Nous rejetons ainsi le concept de "libéralisme libertaire" propre à l'amalgame et à la manipulation chez ceux qui l'utilisent aujourd'hui. Ce concept est une arme intellectuelle au service de la défense de l'Etat (keynesien ou pas) et de la Nation et du nationalisme.
 
Insistons une nouvelle fois ici le capitalisme n'est pas immorale. Il est a-moral. "Il" ne "séduit" pas .Quant au capitalisme que certain nomme comme un euphémisme "libéralisme" il n'est pas "libertaire", "progressiste" ou "réactionnaire". Le capitalisme est totalitaire au sens ou il est un système monde.


Le procédé qui tend à personnifier le capital en lui conférant une quelconque volonté est bien sûr absurde, elle chasse de la scène historique individus et masses. Ainsi suffirait-il aux personnes "avisées" de raisonner cette presque "personne morale" ou bien d'attendre ses limites ou sa mort physique.
Sachons simplement répéter humblement que le vrai est le tout ou le mouvement de la totalité concrète qui se structure et se défait, avec ses acteurs conscients ou pas. Que seule l'intervention conscience du prolétariat débarrassé de ses illusions, chefs, partis, nations, drapeaux, et du mode de production capitaliste, ou de l'exploitation de l'homme par l'homme permettra la véritable émancipation.


Que le stalinisme et le néo-stalinisme est un utilitarisme délirant ou les calculs et le soupçon s’entremêlent pour générer une conception policière de l'histoire.

Qu'une pensée s'inscrit toujours dans une époque et que Michel Clouscard n'échappe pas à cette règle.
Rien de nouveau sous le soleil de Gaillac, si ce n'est peut-être le charme désuet de se retrouver rue des frères Delga.

Mais que dire des avatars du clouscardisme ? Quand les anarchistes (normalement contre la Nation et l'Etat) ou d'anciens staliniens déguisés en inclassables orwelien "anti-progressiste" (6) ou clairement fascistes reprennent en coeur la bouillie réactionnaire du moment ? Quand la mode est à l'anarchisme "tory" ou conservateur et à la critique de "libéralisme libertaire"...


C'est surement que le retour de bâton s'annonce très violent !!




Notes:

Nous ne nous revendiquons pas de l'anarchisme ou du l'anarcho-syndicalisme mais considérons ces courants comme étant du coté de la révolution sociale. 



 * Le néocapitalisme selon Michel Clouscard éd. Delga.
(1) La maladie infantile du Parti Communiste Français : Tome 1, Sport rouge et stratégie de développement du capitalisme / Tome 2 Mythologies sportives et répressions sexuelles par Fabien Ollier éd. L'Harmattan.
(2) En ce moment E. Tood excelle en ce domaine. (Apôtre de la Nation et l'Etat, élitiste et défenseur de la famille   nucléaire naturalisé par ses soins dans son dernier ouvrage)
(3) Voir le film Reprise de Hervé Le Roux "reprise du travail aux usines Wonder".
(4) (Par extension voir chez Marx la notion de subsomption formelle / subsomption réelle du travail sous le capital. Subsomption = soumission).

(5) Nous ne la défendons pas plus par capitalisation ce qu'un clouscardien pourrait nous faire dire. Manque de chance nous ne sommes ni étudiants, ni petit-bourgeois, ni profs couche sur-représentée dans la défense du prolétariat !)

(6) "Anti-progressiste" par rapport à une modernité qui échappe à certains intellectuels, profs, clercs et dont la parole prescriptive est remise en question par le marché et les nouveaux médias. Peut-être sont-ils "anti-postmodernes " ? la notion est assez confuse. Mais elle n'annonce rien de joyeux. Notons néanmoins que l'"anti-progressiste" "Français" et "européocentré" est complètement déconnecté des mouvements de fonds planétaires. C'était mieux avant ? quand et ou ? 
Dans les années 60 à Paris, Toulouse, Phnom penh, à Sao Paulo ? Peut-être à Alger en 1958...?

Etrange amalgame que celui qui veux se faire se rapprocher Internationalisme prolétarien et les positions du patronat ou de la gauche du capital. 

Il est aussi très étrange de retrouver dans un Dvd consacré à Michel Clouscard et édité par les édition Delga - un "anarchiste" et un castriste ultra-gauchisé.

Ce n'était pas mieux "avant". Rien n'a changé

mardi 20 septembre 2011

L’École des ouvriers - Comment les enfants d’ouvriers obtiennent des boulots d’ouvriers

L’École des ouvriers - Comment les enfants d’ouvriers obtiennent des boulots d’ouvriers

Le rejet du travail scolaire par les « gars » et le sentiment qu’ils « en savent plus » trouvent un écho dans le sentiment très répandu dans la classe ouvrière que la pratique vaut mieux que la théorie : « Un brin de zèle vaut une bibliothèque de diplômes », annonce un grand placard placé dans l’atelier. L’aptitude pratique vient toujours en premier et a statut de condition préalable à toute autre forme de savoir. Alors que la culture petite-bourgeoise considère les diplômes comme un moyen de moduler vers le haut la gamme des choix offerts à un individu, du point de vue de la classe ouvrière, si le savoir ne se justifie pas, il faut le rejeter.
Au travers d’une enquête (classique de la sociologie du monde ouvrier) menée dans un collège anglais fréquenté essentiellement par des enfants d’ouvriers, le sociologue Paul Willis analyse comment ils en viennent à accepter, après leurs parents, des positions relativement dominées dans le monde du travail. De l’école à l’usine, ce livre rend compte de la façon dont, en désorganisant l’encadrement scolaire, en s’opposant aux « fayots », ils privilégient la sortie du système scolaire, confirmant le fait que l’école ne leur promet aucun avenir professionnel en dehors du travail manuel.

Préface, postface et entretien avec l’auteur par Sylvain Laurens et Julian Mischi

Editions Agone ISBN : 978-2-7489-0144-3 456 pages 25.00 euros

jeudi 15 septembre 2011

Du mouvement communiste à la communisation

Nous répondons rapidement à un courriel concernant notre position sur le concept de communisation.

Nous retrouvons plus particulièrement cette formulation du communisme théorique qui se veut pratique dans certains écrits récents de Gilles Dauvé et Karl Nesic (troploin.fr) mais aussi dans la publication en ligne Meeting proche des éditions Senonevero.

Si nous avons quelques affinités avec ces "groupes", elles relèvent plus particulièrement de notre dégoût commun du vieux monde.

En revanche nous sommes étrangers à ce concept plus proche de la métaphysique (anti-dialectique) que du mouvement réel.

En ce qui nous concerne, nous considérons que le concept de "communisation" est l'un des avatars d'un autre, celui de "mouvement communiste" développé par Gilles Dauvé dans son livre édité chez Champ Libre au début des années 1970: LE MOUVEMENT COMMUNISTE.

De la taupe qui creuse sans s'en apercevoir, ou du prolétaire capital-variable qui lutte malgré lui et nécessairement, ceci peu importe son opinion, pour la construction du parti historique, (proche d'un structuralo-marxisme et de la "pratique théorique" qui a donné la revue/groupe théorie communiste ou TC) nous sommes passés homothétiquement a une autre forme du mouvement communiste.
 
Ainsi le Sujet est sur-investi (tout en étant pas encore définit) d'une tache qui s'accomplira automatiquement (communisation des rapports) en ne rencontrant jamais le réel, la matière et ses contradictions.

Plus modestement nous ne savons pas quelle forme, chemin prendra la lutte pour une société communiste. Faut-il encore spécifier ici que nous n'aimons pas faire bouillir les marmites du futur ?

Nous savons surtout que la bourgeoisie ne se laissera pas faire, et qu'elle se charge de rafraichir notre mémoire en actes à chaque instant.

Ce paramètre étant posé, pouvons nous sincèrement envisager qu'il y aura une homogénéité spatio-temporelle d'une révolution communiste à l'échelle mondiale ? Ceci relève d'une douce rêverie pour ne pas dire qu'il s'agit d'une production fantasmée du communisme et de sa dérive "théoriciste". Théoricisme (ou idéologie de la  théorie) liée inévitablement à l'absence de liaison/rapport entre le "milieu théorique" majoritairement composé d'individus qui ne partagent pas le quotidien de la classe ouvrière, dont l'extraction sociale est homogène (petite bourgeoisie - classe moyenne supérieure) et lié au secteur public ou parapublic. Il faudra aussi plus tard questionner cette "pureté" cet automatisme du processus tant souhaité ici comme une mystique et une esthétique.

Nous nous intéressons peu au débat sur la linéarité du passage au communisme ou son automatisme, pas plus à la communisation, notion étrangement proche. (Voir le débat Kautsky / Bernstein ). Ceci parce qu'il n'y rien bien nouveau sous le soleil de l'utopie tranquille ou radicale consolante. (1)

Si cette "communisation" est réalisable, bien sûr nous signons bien volontiers, dès à présent, des deux mains ! Ceci comme nous ne faisons pas un principe de la violence révolutionnaire. Mais l'histoire des luttes prolétaires nous enseigne hélas bien d'autres "contes"...Voila pourquoi nous ne baissons pas la garde et préférons sur-estimer la tâche ! Parce que nous avons une conception de l'histoire réfléchissante.

Ce que nous savons plus certainement c'est que la participation consciente du prolétariat est un impératif, et que la destruction du capitalisme, de l'Etat, des classes, des frontières, des hiérarchies, du salariat  (voir nos positions) ne se négocie pas !!


1. Voir à ce sujet le titre d'un des écrits du site Troploin rédigé par le binôme Dauvé/Nesic. Il va falloir attendre. Quoi donc pouvons nous demander ? Qui peut encore se permettre d'attendre ? Nous ne sommes pas impatients, la situation est simplement impossible !

mardi 13 septembre 2011

Karl Marx Vie et œuvre par Otto Rühle

Vient de paraitre aux éditions Entremonde:

Karl Marx Vie et œuvre par Otto Rühle
Otto Rühle (1874-1943) est une figure de proue de la gauche communiste, plus tard qualifiée de conseilliste, mais que Lénine préféra qualifier de maladie infantile du communisme pour son refus du parlementarisme et du syndicalisme. Ancien député social-démocrate, membre fondateur du Spartakusbund, puis délégué au conseil ouvrier et militaire de Dresde en 1918. Il s’opposa à Rosa Luxemburg sur la question des élections en s’affirmant pour l’auto-organisation du mouvement ouvrier et contre le parti.
Dans son Karl Marx (1928), Rühle retrace l’épopée intellectuelle et militante de Marx. Cette biographie est la parfaite introduction à Marx. Son œuvre philosophique, politique et économique y est largement citée, décortiquée et commentée. Rühle met en lumière les relations familiales et amicales parfois houleuses que Marx entretient avec les autres protagonistes du grand mouvement social du XIXe siècle.
18.00 €  • 360 pages ISBN: 978-2-940426-17-1

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Couverture de la première édition chez GRASSET